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Tim Eitel

Philippe Jousse et toute l’équipe de la galerie Jousse Entreprise ont le plaisir de vous présenter la nouvelle exposition personnelle de Tim Eitel, présentée à la galerie du 17 octobre au 12 décembre 2026.

On pourrait voir, dans cette femme concentrée qui s’agenouille et qui dessine, une Parque qui s’affaire. Ce trait qui se dédouble, en train d’être réalisé, pourrait évoquer Pline qui attribue dans son Histoire Naturelle l’origine de la peinture au fait de circonscrire par une ligne l’ombre d’un homme. 

On pourrait voir dans ce couple qui s’éloigne dans la nuit un Orphée qui ne s’est pas encore retourné, accompagné d’une Eurydice qui n’a pas encore disparu. On pourrait voir dans cette femme assise dans une salle d’attente presque quelconque, si elle n’était cernée de noir, un séjour aux limbes.

Dans ces formes mythiques et archétypales, Tim Eitel lie l’art aux destinées humaines, strates qui viennent se superposer au présent que des baskets, un fauteuil ou un téléphone suffisent à invoquer. Importe peut-être moins ce qui va arriver que ce que ces figures ont regardé et gardé du passé et qui semble les hanter. Il joue de cette rémanence grâce à la tempera qui lui permet de faire ressentir des états antérieurs et de laisser visibles certains repentirs.

Cette ligne irisée, crépuscule aux doigts de rose, près de ce cercle de lune, est-elle une contamination de coucher de soleil ou un fond de couleur ? Chez Eitel, il n’y a jamais de cadre. Ses toiles se délimitent elles-mêmes : lignes et découpes les divisent et distinguent des moments. Dans ces surfaces, devenues espaces d’expériences, on pourrait voir des négatifs sur lesquels s’impriment des événements, dont il revient au regardeur de proposer les raccords et le montage.

VOIR  A NOUS MAINTENANT

Ce que ses pans de murs enregistrent n’est pas qu’un passé mais un temps de latence entre deux images. Celui qui se fait condition de la vision. Le temps que la lumière met à nous parvenir, celui que Goethe mesure lorsqu’il expérimente sur son œil pour étudier les images rémanentes : l’œil n’est pas stable, il réclame des contraires. Ses aplats ne sont plus des murs, ce sont des surfaces et des couleurs exigées, ce que notre cerveau fabrique lorsque l’on est exposé à une couleur et une absence.

Ce qui est peint ici est peut-être le travail du spectateur. Voir les toiles de Tim Eitel nécessite une implication, un temps que l’on tente aujourd’hui sans relâche de nous enlever.

Cette peinture ne prédit rien : elle montre l’écart entre ce qui a lieu et le moment où nous l’observons. Ce que les Parques prédisent a eu lieu ; les œuvres continuent de l’attendre.

Nicolas Marbeau

Paru en premier sur Cnap.fr, retrouvez l’agenda du CNAP

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