Etsu Egami « Code Vénus » 

Considérée comme une figure marquante de la troisième génération des artistes japonais d’après-guerre, Etsu Egami jouit aujourd’hui d’une reconnaissance internationale. Son œuvre est présentée dans de nombreuses institutions à travers le monde.

Née au Japon, ayant étudié en Chine et en Europe et vivant aujourd’hui à Chiba au Japon, l’artiste travaille dans un mouvement constant d’itinérance, une suite ininterrompue de moments d’enracinement, de rupture et de détachement.

Artiste-voyageuse, artiste-anthropologue, Etsu Egami est une nomade culturelle. Selon elle, chaque culture, que l’on en hérite à la naissance ou bien qu’on la découvre sur le tard, représente un monde à investiguer, la possibilité de construire un nouveau point de vue sur les choses, d’expérimenter différentes traditions, diverses conceptions de l’art et de multiples techniques.

À l’opposé d’une mentalité insulaire et d’une conception figée de l’identité, Etsu Egami s’efforce d’élargir sans cesse ses horizons de femme et d’artiste, de peintresse. Les divers aspects de son œuvre expriment la manière dont elle se relie à ce qui l’entoure, construisant des ponts, des passerelles, des points d’échange avec nous.

Et qui dit échange, selon elle, dit malentendu. Mais loin d’être vécue comme une fatalité ou un problème, l’expérience du malentendu au fondement même de toute tentative de communication et de partage devient l’élément moteur de la relation, la condition même de son épanouissement.

Contrairement à d’autres artistes originaires de son pays, Etsu Egami renonce aux stéréotypes. Aucune référence explicite n’est susceptible de nous renseigner sur son origine ou nous permettant de l’assigner à un cadre culturel précis ; pas de « japonisme » et encore moins de « japonaiseries », comme on disait auparavant.

Sa peinture est affirmative, spontanée, immédiate, rayonnante, pleine d’énergie et de vie.   

Elle transforme son médium — la peinture à l’huile — en une sorte d’encre fluide qu’elle utilise à la manière des calligraphes orientaux, alternant bandes horizontales et sinueuses. Jouant avec la lumière, la transparence et la couleur, sa touche hâtive et déliée dessine des formes qui, selon le point de vue ou la distance, basculent tantôt du côté de la figuration, tantôt du côté de l’abstraction.

Tonalités, rythmes, tempo, contraste : il retentit ici quelque chose de musical. D’ailleurs ne dit-elle pas qu’il nous faut apprendre à « écouter avec les yeux et voir avec les oreilles » ?

Le corps humain et le corps de la peinture, le sujet et la manière, le fond et la forme ne font qu’un. Autrement dit, ce qui est (la touche de couleur) importe autant que ce qui est figuré (la silhouette). La peinture devient, dixit l’artiste, acte de cognition : il ne s’agit pas simplement de voir, mais de voir comment nous voyons.

En omettant les détails et les caractéristiques singulières qui permettent d’identifier tel ou tel individu, Etsu Egami se concentre sur la forme fondamentale, la silhouette, l’archétype et ses aspects culturels (mythes et religions, philosophie), d’où sa fascination pour la figure de Vénus.

Déesse de l’amour, de la séduction et de la beauté, le nom de Vénus sert aussi à désigner les premières formes de représentation du canon féminin et de la fécondité. Ainsi, celle ou celui qui la contemple ne regarde donc pas simplement un corps mais les puissances qui l’ont façonné et rayonnent à travers lui.

Face à chaque tableau, notre regard est invité à déchiffrer le langage de l’artiste, son code : le code Vénus.

David ROSENBERG

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