« Traduire, pour quoi faire ? » Ateliers de traduction et pédagogie de projet : une œuvre ouverte

Face aux difficultés des élèves de spécialité LLCA à traduire des extraits des Métamorphoses d’Apulée, au programme limitatif du baccalauréat, comment donner du sens à l’activité de traduction et lutter contre l’exclusion souvent associée à l’exercice de la version ?

Au lycée Georges Pompidou, de Castelnau-le-Lez, nos élèves de Terminale ont étudié le latin comme option dans des conditions extrêmement différentes, certains depuis un an à peine, d’autres, plus rares, depuis cinq ans. Non seulement le temps qu’ils ont consacré à l’étude de cette langue ancienne est limité, entre 1h et 2h par semaine, mais il ne faut pas oublier que leurs connaissances en grammaire et en vocabulaire français sont parfois lacunaires. Une grande proportion des spécialistes de LLCA possède des compétences fragiles en langue, or leur examen comporte une épreuve de version, notée sur six points, sur ce texte d’Apulée ô combien délicat à déchiffrer – un « intraduisible » ? On ne s’étonnera donc ni de leur lenteur ni de leur embarras face à la version…

Comment les encourager, les motiver, leur faire croire en leurs possibles progrès quand ils ne comprennent pas l’intérêt de cet exercice qui les confronte de manière particulièrement violente à leurs lacunes morpho-syntaxiques ?

Nous avons tenté l’expérience d’ateliers de traduction adaptés, spécialisés en fonction des points de grammaire à réviser, puis à maîtriser, sous la forme d’une enquête et d’indices à relever. Nous avons aussi proposé des missions aux élèves, afin qu’ils assument une tâche différente en fonction de leurs aptitudes, de leurs besoins, de leurs envies. Et, surtout, pour leur faire comprendre l’intérêt de cet exercice et le relier à une autre ambition du cycle terminal, le Grand Oral, nous avons proposé aux élèves un projet qui structurerait l’année et donnerait un objectif de diffusion à leur pratique d’apprenti-chercheur en langue ancienne : à chaque atelier de traduction, nous leur avons demandé de garder une trace écrite, non dans l’intention unique de s’entraîner en « petit latin », mais bien davantage dans la visée d’un enregistrement oral de cet essai interprétatif. Ainsi, par la pratique des sous-titres, du jeu théâtral, puis de la lecture expressive enregistrée sous la forme de podcasts, les élèves ont traduit non pour eux, mais pour d’autres, non spécialistes, qui les écouteraient, qu’il faudrait convaincre, divertir, voire ensorceler. En expérimentant l’enregistrement de leur voix, en réfléchissant aux tonalités et aux modulations que celle-ci doit emprunter en fonction de ce qu’ils veulent exprimer, ils ont explicité, d’abord pour eux-mêmes, ensuite pour leurs auditeurs, le sens du texte ainsi que l’intention de l’auteur, revenant enfin au texte pour le texte pour, comme le dirait Barbara Cassin, « produire du commun ».

Conférence proposée par Canal U, plus d’info sur le site de Canal U




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